Le Film Noir en quelques mots...

Le Film Noir ou l’aventure criminelle : le renouvellement du genre policier


Au début des années 1940, un nouveau genre de film (clairement en rupture avec ce que le public était habitué à voir) a émergé à Hollywood. Ce nouveau style se distinguait par l'éclairage en clairs obscurs, les angles et mouvements de caméra, les mêmes éléments que la plupart des réalisateurs essayaient d'éviter au tout début du cinéma. Ces films étaient aussi différents dans leurs histoires, où la ligne entre le bien et le mal était souvent floue et où un sentiment de désespoir régnait. Contrairement à la plupart des mélodrames tournés pendant la Grande Dépression des années 1930, ces films n'ont pas une fin heureuse. Ce style a eu une période d’existence assez courte puisqu’elle a duré moins de 20 ans : de 1941 à 1958. Pourtant, aujourd'hui, l'intérêt pour ces films est florissant.

 

Tournés en dérision par la critique qui qualifiait le genre de films « de criminels », de « meurtriers », « lubriques », remplis de « tripes et de sang » (Lloyd Shearer, critique du New York Times du 5 août 1945 « C’est à croire que le crime paye »), les films noirs étaient réalisés au département des séries B des grands studios hollywoodiens qui ne les produisaient que pour combler les deuxièmes parties de doubles programmes. Malgré quelques exceptions, Le Faucon Maltais (John Huston, 1941, Warner Bros.), Laura (Otto Preminger, 1944, 20th Century Fox) et Assurance sur la mort (Billy Wilder, 1944, Paramount), le genre continuait à être dénigré par la critique.


Bien qu’ayant disparu des écrans pendant quelques décennies, l’importance du Film Noir a toujours été reconnue par les historiens du cinéma. Les écoles de cinéma ont longtemps consacré des études sérieuses sur le sujet et une génération de cinéastes a été influencée par ce courant : Roman Polanski, Francis Ford Coppola, François Truffaut, Martin Scorsese, Claude Chabrol, Quentin Tarantino, Takeshi Kitano, David Fincher, Bertrand Tavernier, Stephen Frears, Spike Lee, ou encore Bryan Singer donnant un nouveau souffle au genre baptisé « néo-noir » (quelques films du mouvement « néo-noir » : Chinatown de Roman Polanski en 1974 ; Taxi Driver de Martin Scorsese en 1976 ; Reservoir Dogs en 1992 et Pulp Fiction en 1994 de Quentin Tarantino ; Usual Suspects de Bryan Singer en 1995 ou plus récemment Drive de Nicolas Winding Refn en 2011, etc. permettant au Film Noir de se renouveler sans s’épuiser.

 

 

Qu'est-ce que le Film Noir?

 

 

Le film noir possède une véritable identité visuelle, largement imitée par la suite. Les éclairages expressionnistes sont fortement contrastés et laissent de larges pans de l'écran dans l'obscurité. Le décor est souvent urbain : les espaces sont alors restreints (pas d'échappée sur une place ou une grande avenue). La campagne ou la petite ville est idéalisée, représentant l'Amérique des origines. En ville, on retrouve souvent le trottoir humide, comme après une pluie et les scènes nocturnes y sont nombreuses.


Les films noirs mettent souvent en scène des personnages principaux complexes et ambigus, dont le passé est souvent peu reluisant, et des seconds rôles riches et autonomes, en rupture avec les poncifs traditionnels. Des techniques inhabituelles, telles que la voix off (récit à la première personne), la diction au travers de la poésie virile (répliques mémorables, dialogues riches en double sens et mots d’esprit) ou la caméra subjective, affirment le style noir dont l'influence commence progressivement à se faire sentir sur les grandes productions.


Aujourd’hui, l’enthousiasme pour les films noirs n’a rien perdu de sa vigueur. Aux États-Unis, de nombreuses séries télé (du premier Dragnet - de 1951 à 1959- à NYPD Blue -de 1993 à 2005-) ont intégré la philosophie du Noir ; dans la littérature, le polar néo-noir et des auteurs « hard-boiled » comme James Ellroy (L.A Confidential de Curtis Hanson, 1990 ou Le Dalhia Noir de Brian De Palma, 2005) dominent le marché du mystère et du suspense. Du cinéma aux jeux-vidéo (derniers en date L..A. Noire et Max Payne 3 de Rockstar Games en 2011) et à la bande dessinée (Sin City de Frank Miller), aux États-Unis comme partout dans le monde, l’influence omniprésente du Noir est toujours prête à refaire surface..